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Comment décrire un objet de musée ?

7 avril 2010
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Je me souviens bien de mes premières photos au Louvre, en 2004, prises avec un brave petit compact de 1,4 Mp. Elles étaient assez médiocres,  floues et bruitées. J’avais déjà pris l’habitude de photographier le cartel de chaque œuvre, pour rédiger une description correcte sur Wikipédia.

Apollo d'Anzio

Tête du type de l'Apollon d'Anzio provenant du Palatin (musée du Palatin, Inv. 124721)

On s’aperçoit vite, quand on prend en photo des antiquités, de la nécessité d’aller au-delà de la simple description : rien ne ressemble plus à une tête du type de l’Apollon d’Anzio provenant du Palatin qu’une autre tête du type de l’Apollon d’Anzio provenant du Palatin, surtout quand l’une est située à côté de l’autre dans la salle du musée. On découvre alors l’utilité du numéro d’accession ou numéro d’inventaire. Sauf qu’au Louvre, par exemple, MR 220 peut désigner à la fois l’Hermaphrodite Borghèse (statue hellénistique, également connue sous le nom de Ma 23 dans le Catalogue sommaire des marbres antiques d’Héron de Villefosse) et un vase en marbre bréchique de Bénédict Ramel (XVIe siècle). Il faut donc bien distinguer MR 220 du Département des antiquités grecques, étrusques et romaines et MR 220 du Département des objets d’art.

De fil en aiguille, le nombre d’informations utiles à mentionner dans une description d’objet de musée s’accroît. Le mode d’acquisition, par exemple, est une information méconnue mais bien utile, qui montre qu’un musée vit et continue d’acquérir des œuvres en permanence, ou donne un charme supplémentaire à ce service à thé dont on apprend qu’il a appartenu au Régent.  Sur Commons, nous avons suivi la Note to the Reader du Metropolitan Museum. Nous avons créé un modèle qui comprenait initialement quelques champs, et qui comporte désormais ceux-ci : ‘artiste/créateur’, ‘description’, ‘date’, ‘dimensions’, ‘mode d’acquisition’, ‘numéro d’inventaire’, ‘emplacement’, ‘source/photographe’, ‘références’ et ‘autres versions’.

Toutes les photos d’objets de musée ne sont pas aussi bien renseignées : trop souvent, le contributeur mentionne simplement « statue grecque d’Apollon », sans même parfois préciser le musée. Heureusement, le touriste « naïf » prend souvent en photo des œuvres connues, facile à reconnaître pour un habitué, mais je me souviens avoir passé un certain temps à vérifier scrupuleusement des détails de cassures au nez ou au menton, en comparant avec un livre ou un catalogue, pour vérifier mon identification ! Parfois, c’est le musée le coupable : on n’a que quelques cartels tapés à la machine à écrire mécanique en guise de documentation. C’est le cas au Cabinet des médailles de la BnF, au musée archéologique de Florence et dans certains des musées du Vatican. Je souhaite bonne chance à qui veut correctement décrire ses photos du musée Chiaramonti, sauf à avoir sous la main le Bildkatalog der Skulpturen des Vatikanischen Museums I: Museo Chiaramonti (De Gruyter, 1995) en trois volumes de Bernard Andreae. Toutefois, certaines notices peuvent être assez précises, référençant la première publication, le corpus épigraphique dans lequel l’œuvre est recensée, la planche du Corpus vasorum antiquorum (CVA) ou le numéro chez Beazley. Cette précision est un gage de sérieux apprécié par les acteurs du monde académique.

Tête du type de l'Apollon d'Anzio provenant du Palatin (Inv. 553)

Peut-on ou doit-on aller au-delà ? On pourrait distinguer d’autres champs, par exemple pour le matériau, la technique employée ou la provenance de l’objet. Une présentation de type « base de données », à l’image par exemple de celle du CVA ou des bases du ministère de la Culture, faciliterait certainement la vie de beaucoup de chercheurs, à qui une bonne partie de ces fichiers est principalement destinée. Un catalogue des thèmes iconographiques aiderait également ceux qui illustrent les pages de Wikipédia. Une telle évolution se ferait toutefois au détriment de la lisibilité de la notice, d’autant que le caractère international de Commons impose en théorie de tout traduire. Si un nom propre ne se traduit pas (sauf peut-être dans des alphabets différents), il faut bien le faire pour des noms comme « Peintre des Satyres laineux » ou « Maître de la Vierge entre les Vierges ». Ce sont autant de questions difficiles à appréhender pour des non-spécialistes du sujet, d’autant que nous manquons de retours des universitaires qui utilisent Commons. Tous nos contributeurs n’ont pas la chance d’avoir fait l’École des Chartes et/ou l’ENSSIB !

Pour finir, j’en profite pour dénoncer les agissements coupables du musée du Louvre, qui depuis l’exposition Praxitèle (2007), nous présente sous le numéro Ma 335 une Aphrodite de Cnide qui est en réalité sa camarade Ma 336, comme on peut facilement le vérifier en regardant l’identifiant au dos de la statue. C’est un scandale.

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4 commentaires leave one →
  1. Louis Berreur permalink
    20 avril 2010 13:48

    Dans vos descriptifs la date d’origine, ou estimee, est essentielle car une oeuvre artistique ,ou une création culturelle ne prend sa signification que par rapport a son contexte historique comparatif
    Merci pour votre blog qui me passionne car nous avons des sujets d’intéret communs
    Cordialement

  2. 22 juin 2010 11:48

    N° d’inventaire, Auteur, Date et/ou Époque, Département dans lequel figure l’œuvre, Origine (fouilles, mode d’acquisition), Matériau, Situation éventuelle dans un ensemble, me semblent être des informations essentielles.
    On peut aussi tenter de donner une idée de la dimension de l’œuvre en la situant par rapport à son environnement (pas toujours facile sans nuire au rendu final de la photo) ou…en donnant ses dimensions.

  3. Kev permalink
    8 avril 2013 19:30

    Ce qu’il manque trop souvent dans les cartels, c’est une explication claire sur ce qu’est vraiment l’objet présenté.

    Les gens continueront de trouver les musées ennuyeux tant que le cartel d’un « Hercule contre le Lion » ne dira pas qui était Hercule, qui était le lion et pourquoi Hercule l’a vaincu.

    De la même manière, ils continueront à trouver pénibles les collections archéologiques aussi longtemps que les cartels des artefacts ressembleront à : « Scramasaxe, style rhénan III, VIe s. ap. J-C » (j’invente).
    Qui sait ce qu’est un foutu scramasaxe ? Qui sait ce qu’est le style rhénan ? Il faudrait des explications. Et à la limite, quel intérêt d’expliquer le style rhénan quand déjà 95 % des gens ne savent pas ce qu’est un scramasaxe ?
    Bien sûr, on compte beaucoup de musées dans lesquels les œuvres ont des cartels fournis. Mais ces cartels, parfois trop longs et/ou trop techniques (ex : pendule à échappement à ancre) sont lassants.
    Un résumé en cent LETTRES serait beaucoup plus utile pour beaucoup de gens.

    Alors, oui, les infos de provenance peuvent ajouter un charme. Certes les numéros d’inventaire sont intéressants pour quelques inconditionnels.
    Mais les cartels doivent avant tout expliquer ce qu’est l’œuvre. Sinon, on ne s’adresse pas à toute la population, mais seulement aux « élites », ces gens qui connaissent la mythologie grecque tout autant que les scramasaxes et l’horlogerie.

    • 8 avril 2013 22:00

      Oui, bien sûr. Idéalement il faudrait aussi une version en anglais. Au final ça fait beaucoup d’informations à caser. Je constate plutôt dans les musées qu’il reste beaucoup de cartels manquants ou très, très lacunaires, genre « trésor de Champignac » pour un ensemble de plusieurs pièces, où ni le visiteur averti, ni le touriste lambda n’y trouve son compte…

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