Petite Wikipédia illustrée (I)
Le camarade Coyau revenait il y a peu sur le statut des photos – photo-illustration dans un coffee table book, photo-document, photo-élément utilisée comme élément de fond ou de texture. Les photos, ou les illustrations de manière générale, peuvent également avoir différents statuts sur Wikipédia.
Nous avons d’abord la photo d’identité. Si l’envie vous prend de lire l’article sur Jimmy Wales, co-fondateur de Wikipédia, vous vous attendez sans doute à voir la trogne de M. Wales. On préfère ces photos cadrées pleine poire, montrant le sujet dans une attitude neutre ou favorable, et de préférence qui lui est naturelle. Il n’est pas facile d’obtenir des photos réellement libres de personnes vivantes : souvent, le collaborateur d’une personnalité politique importe sur Wikimédia Commons la photo officielle de son employeur, sans avoir jamais demandé l’avis du photographe. Nous pouvons heureusement compter sur quelques filons :
- le travail des fonctionnaires américains, automatiquement versé dans le domaine public (§ 105 du titre 17 du US Code) ;
- des généreux photographes/institutions qui placent leurs photos sous une licence libre, comme le World Economic Forum de Davos (voir la catégorie sur Commons) ou de www.axisforpeace.net (catégorie Commons) ;
- des Wikipédiens qui vont prendre eux-mêmes des photos, comme l’a fait récemment Thesupermat pour le « Méga Jump » de Taïg Khris à la tour Eiffel.
Nous avons la photo document, qui atteint une importance égale à celle des informations contenues dans l’article. Difficile de présenter une plante, un animal, une œuvre d’art ou le travail d’un artiste si le lecteur n’a pas la moindre idée de ce dont il s’agit. On imagine la situation des amateurs d’art contemporain, privés d’illustration de leurs articles sauf à ce que l’artiste ait vendu une œuvre située sur la voie publique, dans un pays reconnaissant la liberté de panorama. Un peu différemment, les articles sur la mythologie grecque s’efforcent de montrer des photos d’œuvres qui sont aussi des sources primaires : Géras, personnification de la vieillesse, n’apparaît dans la geste d’Héraclès dans aucune source écrite, mais leur rencontre est représentée sur quelques vases.
Malheureusement, peu d’institutions placent leurs œuvres sous une licence libre – parmi les exceptions, on peut citer le Tropenmuseum, musée ethnographique d’Amsterdam, qui a donné 35 000 photos sur l’Indonésie à Commons. Là encore, ce sont souvent les contributeurs de Wikipédia qui écument les musées ou les rues, appareil photo à la main.
Nous avons enfin la photo de pure illustration, « pour faire joli ». Elle permet de reposer l’œil et de faire respirer le texte dans un article qui peut être passablement long – mieux vaut bien sûr en profiter pour se rapprocher le plus possible de la catégorie 2. La qualité de la légende joue un rôle capital à cet égard, or elle est trop souvent négligée. Je trouve très divertissant par exemple de lire « portrait d’Homère » sous un buste hellénistique, sans autre précision.
Certains contributeurs s’embarrassent de peu de précautions : on a longtemps pu voir sur l’article Statue chryséléphantine de Zeus olympien une gravure de Maarten van Heemskerck complètement fantaisiste (l’image sur Commons), et contredite en tous points par la description de Pausanias qui figurait en face. C’était la seule illustration disponible à l’époque, mais rien ne mentionnait le caractère erroné de cette représentation. On a pu voir sur l’article Achille (pas Talon, l’autre) une gravure d’après un dessin érotique de Carrache, représentant Achille trombinant Briséis (l’image sur Commons). Là encore, il aurait été possible la faire figurer de manière pertinente, mais cela aurait exigé des développements qui brillaient par leur absence. Dans ces cas-là, ne vaut-il mieux pas s’abstenir ?

Formulation ambigüe : à te lire, on pourrait croire que c’est l’Arétin qui est l’auteur du dessin (d’autant que le lien renvoie à sa bio).
Ah oui, ça s’est télescopé dans ma tête. Je corrige.