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Je ne peux plus voir Orsay en photo

12 juin 2010

La nouvelle circule grâce au site Louvre pour tous : le musée d’Orsay interdit désormais les photos. La page « Visiter le musée aujourd’hui » du site officiel du musée le confirme : « Il est interdit de photographier et filmer dans le musée » — au passage, je n’ai pas réussi à trouver le règlement de visite sur ce site.

Le musée argue apparemment du bien-être des visiteurs : les photographes gêneraient les autres en créant des embouteillages. Le phénomène n’est pas niable, mais l’argument me paraît largement fallacieux. D’abord, la grande majorité des visiteurs prend des clichés dans un musée, que ce soit avec un petit compact ou avec un téléphone portable. Ensuite, ils prennent des photos au vol, sans s’attarder – ce qu’on peut regretter pour d’autres raisons. Il n’y a guère que devant des œuvres extrêmement connues qu’on voit des attroupements. À qui veut-on faire croire qu’ils disparaîtront quand on n’aura plus le droit de photographier ? Les audioguides et les visites de groupe sont bien plus gênants que les appareils photo.

Il existe des raisons valides pour prohiber ou du moins restreindre les photos dans un musée. L’impératif de préservation des œuvres pousse ainsi la plupart des musées à interdire la photo au flash – soit dit en passant, on peut s’interroger sur cette mesure dans des musées où les œuvres sont directement exposées par la lumière du soleil. On peut également concevoir qu’un musée d’art contemporain veuille interdire les photos, pour éviter toute violation du droit d’auteur des artistes — encore peut-on arguer de l’exception de copie privée. Le musée d’Orsay contenant probablement des œuvres encore protégées, peut-être préfère-t-il édicter une interdiction générale. Toutefois, je constate que le musée (municipal, certes) du Petit Palais autorise les prises de vue alors même qu’une part non négligeable de ses collections est encore protégée.

Il reste possible d’effectuer des prises de vue au musée d’Orsay, moyennant finances. Les tarifs pour les « prises de vue photographique à buts non lucratifs » sont néanmoins assez dissuasifs : 50 euros par objet pour une prise de vue simple, 100 euros pour une prise de vue nécessitant la présence d’un conservateur ou un déplacement d’œuvre. Par ailleurs, la Réunion des musées nationaux (RMN) propose des clichés de la plupart des objets du musée ; une partie d’entre eux est vendue sous forme de cartes postales ou autres posters à la boutique du musée. Que demande le peuple ?

Mais à pouvoir faire ses propres photos. Bien sûr, la RMN propose des clichés de bien meilleure qualité que ce que prendra le tout-venant, ou même un photographe professionnel pendant ses vacances. Mais ce que veut le visiteur, c’est avant tout un souvenir de sa visite à lui ou encore sa vue à lui de la statue. Prendre en photo, même au vol, même avec mise en scène à la con du style « j’imite la pose du Gladiateur Borghèse », même avec gros plan sur L’Origine du monde, c’est aussi s’approprier le contenu du musée.

Inversement, les cartes postales vendues par le musée ne sont pas exhaustives. Leur choix ne correspond pas forcément à mes goûts personnels. Les musées se plaignent des « 50 chefs-d’œuvre du musée X » que vendent les grandes agences de presse, mais forcer le visiteur à choisir parmi un panel restreint de cartes, n’est-ce pas aussi un appauvrissement culturel ?

De par leur statut, les musées de France™ ont pour mission permanente de « rendre leurs collections accessibles au public le plus large ». La photo n’en est-elle pas un moyen ?

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14 commentaires leave one →
  1. Serein permalink
    12 juin 2010 15:30

    Dans les musées russes que j’ai pu visiter, on te demande souvent au moment de l’achat du billet d’entrée si tu veux prendre des photos, et si oui, tu payes une petite participation (environ 2-3€). Les photos sont alors autorisées (sans flash) partout dans le musée, que les œuvres soient dans le domaine public ou non.

    Après, tu peux tout photographier, sauf les expos temporaires.

    Il m’est arrivé de ne pas payer cette participation (pensant ne pas prendre de photos), et puis d’en prendre quand même. Personne ne m’a rien demandé.

    Le prix des billets d’entrée est souvent différent pour les russes et les étrangers (moins cher pour les russes), et j’ai eu l’impression que les participations pour les photos également.

    La politique du musée d’Orsay est vraiment insupportable d’hypocrisie et de mauvaise foi. Qu’éventuellement on te demande de payer un peu pour prendre des photos, c’est déjà contestable mais pour le cas des musées russes par exemple, je me dis bon, ils ont besoin de sous, allons-y. Mais tout fermer et demander des prix prohibitifs, tout ça en enrobant la décision sous un vernis de « ça va fluidifier le trafic des visiteurs », c’est totalement idiot.

    Je souhaite bon courage aux gardiens de salle pour courir après tous les téléphones qui traînent…

  2. Marsyas permalink
    12 juin 2010 18:09

    Cela me rappelle une mésaventure en Italie, à l’abbaye de Pomposa : seul dans la salle, j’avais tenté de prendre quelques fresques à l’aveugle avec l’appareil photo en bandoulière sur la poitrine, le plus discrètement possible, mais j’avais vu rappliquer un gardien qui avait repéré le manège par caméra interposée…
    Sinon, l’interdiction pure et simple n’est pas rare à l’étranger et nuit même dans une certaine mesure à la recherche : il n’y a pas de (très) bonnes photos des fresques de la synagogue de Doura Europos au musée de Damas, car la photo y est interdite et les couleurs des photos officielles fantaisistes. Les photos sont interdites à l’intérieur des musées syriens même si dans certains cas un bakchich permet de contourner l’interdiction (expérience personnelle à Apamée et Palmyre).
    Un autre problème qui entre en ligne de compte est l’état de (non) publication des objets : en général, la photo est interdite dans les musées dont les collections comportent des inédits pour préserver les droits scientifiques des inventeurs. C’est le cas en Grèce, même s’il y a des exceptions — à Amphipolis, la fameuse inscription du gymnase est un inédit qui fait saliver les épigraphistes depuis 40 ans mais tout le monde peut la photographier.

  3. Marsyas permalink
    12 juin 2010 18:26

    Toujours à propos de photos dans les musées, un cas intéressant d’un usage imprévu des clichés : les polaroïds pris au Met et au Getty par les trafiquants posant fièrement (!) devant les pièces qu’ils leur avaient vendues ont joué un rôle clef dans le démantèlement du réseau responsable de l’exportation des vases d’Euphronios.

  4. 13 juin 2010 11:35

    Mouarf. J’ai un autre cas rigolo, mais trop long pour un commentaire. Billet à venir.

  5. stef permalink
    15 juin 2010 14:01

    Bravo pour ce billet au ton modéré mais néanmoins sans compromis. Cette histoire d’interdiction est scandaleuse et les arguments du Musée pour le moins hypocrites.
    Il est possible de manifester votre mécontentement (ou votre approbation…) sur le livre d’or du musée:

    http://www.musee-orsay.fr/fr/info/contact/livre-dor.html?no_cache=1

    Peut-être feront-ils eux aussi marche arrière comme le Louvre il y a quelques années.

  6. 15 juin 2010 18:10

    Je crois savoir qu’un député adressera très prochainement une question écrite au ministre de la culture sur le sujet.

  7. nat permalink
    28 juillet 2010 17:35

    Bonjour à tous,

    Je suis étonnée par vos commentaires. Étudiante, j’ai travaillé il y a peu au Musée d’Orsay. Je ne m’étonne pas de cette décision, car la moitié de notre travail de gardiennage était monopolisé par les « photographes ». Avec guillemets car ce sont la plupart du temps des touristes qui photographient avec des flashs éblouissants (donc oui c’est gênant, je peux vous le dire) avant même de regarder quoi que ce soit de l’oeuvre.
    Mais le plus gênant, c’est que les gens croient que parce qu’ils ont payé, il faut qu’ils consomment bien l’oeuvre, et donc la photographient… si possible avec leur gamin DESSUS (ah l’horreur de la surveillance de la statue de l’ours) et j’en passe.
    Alors peut-être faites vous partie des deux trois personnes par jour qui agissez avec respect et pour les autres et pour les oeuvres, mais les veaux devenaient sûrement trop nombreux.

  8. 16 août 2010 22:11

    Je ne nie pas du tout ces phénomènes. Beaucoup de visiteurs se croient aussi autorisés à tripoter les œuvres, répondant volontiers « ça ne va pas les abîmer » quand on les reprend. Des dispositifs de sécurité peuvent les limiter, en empêchant les visiteurs de s’approcher, et la muséographie joue un rôle important pour réguler les flux. Les audioguides et les visites de groupe sont tout aussi gênants pour les visiteurs individuels ; c’est encore pire quand les groupes ne sont pas équipés de micros/casques et qu’il faut se farcir les commentaires à haute voix. Inversement, l’interdiction des photos poussera-t-elle les visiteurs à passer plus de temps à regarder les œuvres ? J’en doute quand même.

  9. Marie-Josée Dion permalink
    30 août 2010 20:23

    Bonjour,

    Je comptais sur ma prochaine visite à Paris pour faire quelques clichés au Musée d’Orsay comme je l’ai fait à New York, autant au Metropolitan qu’au MoMA… Je suis en effet enseignante au Cégep à Montréal et le nombre d’oeuvres accessible autrement que par le Web est assez limité dans ma ville. Je profite donc de mes séjours à l’étranger pour me constituer une petite banque de photos que j’utilise en classe.

    Je préfère mes photos à celles que je trouve sur les sites publics au moins pour deux raisons : d’une part, je peux m’assurer in situ de la conformité des couleurs avec l’original; d’autre part, comme je parle souvent de certains aspects stylistiques d’une toile, comme la touche de chaque peintre par exemple, je peux photographier les détails précis dont j’ai besoin pour mes cours.

    Ayant fait une formation de guide bénévole au Musée des Beaux-Arts de Montréal, je connais très bien les règles qu’il convient d’observer quant à la distance à maintenir par rapport à une oeuvre et j’ai de plus choisi un appareil très performant en basse lumière pour me permettre de travailler sans flash. Je trouve donc vraiment dommage que le Musée d’Orsay pénalise tout le monde à cause des hurluberlus qui donnent du fil à retordre aux gardiens.

  10. 4 octobre 2010 21:33

    @nat: Je suis bien d’accord qu’il y a un problème avec les touristes munis de petits appareils compacts dont ils ne savent souvent pas débrayer le flash, et qui de toute façon donneront une image pourrie sans celui-ci.

    En revanche, je ne vois pas de raison d’interdire de photographier à quelqu’un muni d’un réflex sans flash, ou dont le flash doit être libéré manuellement — bien sûr, une interdiction globale est plus simple à gérer (on ne peut exiger des gardiens qu’ils s’y connaissent en appareils photo, sans parler des possibles disputes du type « pourquoi lui y a-t-il droit ? »).

    Pourquoi ne pas prévoir un « permis photographie », que l’on pourrait retirer à l’accueil sur présentation d’une pièce d’identité, et dont le requérant devrait affirmer ne pas avoir de flash ou avoir débrayé celui-ci de façon permanente? Serait-il possible de prévoir des amendes pour les contrevenants?

  11. 5 octobre 2010 21:09

    @DM Le permis photo est une très bonne idée. Il faudrait en parler quand WMFr rencontre les GLAM.

  12. 12 octobre 2010 18:37

    @Jastrow: J’ai déjà vu des musées (en Bolivie) avec un système de permis photo payants. Ceci dit, c’est un peu différent : leur but était de faire rentrer de l’argent, pas de filtrer les clowns avec un compact dont ils ne savent pas débrayer le flash.

  13. zenon permalink
    26 juin 2011 08:15

    j’ai souvenir des salles Van Gogh au musée d’Orsay. Invisitables à cause des photographes. Une marée humaine avec des gens posant à coté de chaque tableau et photographiés avec des compacts ou des téléphones. J’ai beau être photographe, j’ai pensé ce jour là que la limité était dépassée et qu’il fallait bien faire quelque chose. Précision: ce jour là, mon Sony A900 est resté dans le sac car comment capter une image que mon œil n’arrivait pas appréhender ?

  14. Thom permalink
    23 novembre 2011 13:27

    Le lien concernant l’intediction est celui-ci :
    http://www.musee-orsay.fr/fr/visite/visiteurs-individuels/accueil.html

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