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Le Louvre et moi

10 septembre 2010

Il y a un peu plus d’une semaine m’est arrivée une aventure douloureuse : je suis allée au Louvre et j’ai dû rester à la porte. L’expérience était nouvelle, car depuis 2004, j’ai l’habitude d’entrer comme une fleur et par le passage Richelieu, simplement en agitant d’abord ma carte Louvre Jeunes, puis ma carte de la Société des amis du Louvre. Il s’est avéré que ma carte était périmée depuis un mois et que le guichet de l’estimable Société était fermé le dimanche.

Je n’ai visité le Louvre qu’une seule fois avant 2004, alors que j’étais élève de l’ENS et, je l’avoue, essentiellement pour vérifier que cette qualité m’assurait bien la gratuité. Depuis 2004, j’y vais au Louvre au moins une dizaine de fois par an et il m’arrive d’y faire un saut quand j’ai un peu de temps à tuer et que je suis dans le coin. Pourquoi ? En 2004, quelqu’un m’a parlé de Wikipédia. J’ai visité le site ; j’ai apprécié l’idée et je me suis mise à contribuer, principalement en histoire médiévale et en histoire grecque antique. Nous manquions alors cruellement de photos. La première que j’ai importée sur Wikipédia fut prise au Louvre spécialement pour l’occasion avec un petit compact ; c’était la statue dite de Pâris (Ma 4708).

Depuis, je vais au Louvre pour faire des photos. Je snobe le Département des peintures parce qu’il est quasiment impossible d’y faire une photo correcte : trop de reflets sur les tableaux, pas assez de lumière. Je ne mets pas le pied aux Antiquités égyptiennes parce que, même si les Grecs doivent beaucoup aux Égyptiens, ce département pompe des sous qui seraient objectivement mieux employés par mon chouchou, le Département des antiquités grecques, étrusques et romaines (DAGER pour les supporters). Je flâne volontiers aux Objets d’art parce que tout le monde aime les objets d’art et aux Sculptures parce tout le monde aime les sculptures. Je me suis intéressée aux Antiquités proche-orientales d’abord pour aider un wikipédien ; il m’a été difficile ensuite de ne pas éprouver de fascination pour des objets venant de villes citées dans la Bible. Et je ne remercierai jamais assez une wikipédienne de m’avoir fait découvrir les Arts de l’Islam.

Je compte à mon tableau de chasse une partie non négligeable des collections et j’ai dû prendre à peu près 3500 photos d’objets du musée. Je prends souvent plusieurs fois le même objet, mais vous pensez bien que je n’ai pas consacré tous ces clichés uniquement à la Vénus de Milo ou aux Chevaux de Marly. Pour faire ces photos, j’ai visité des salles où je n’aurais probablement jamais mis le pied sans cela et, réciproquement, je ne croise pas grand-monde dans la galerie Campana consacrée aux vases grecs, en dehors de quelques égarés venant des Antiquités égyptiennes. Je scrute chaque œuvre et tourne autour pour repérer le meilleur point de vue, le détail intéressant, la signature dans un coin. Je ne veux pas gêner les visiteurs, que mon gros reflex incite parfois à se tenir à une distance respectueuse : je fais semblant de déclencher, après quoi ils s’approchent, restent cinq secondes et repartent, me laissant travailler tranquillement. Inversement, j’attire parfois des visiteurs, qui se disent qu’un objet ainsi pris en photo est forcément intéressant.

Je connais bien le Louvre — sauf les Antiquités égyptiennes et les Peintures. Je suis capable de repérer les petits nouveaux au DAGER ; montrez-moi la photo d’un de ses objets et je vous dirai dans quelle salle il se trouve. J’ai vu du premier coup, en 2007, qu’on essayait de faire passer la Vénus du Capitole Ma 336 pour la Vénus du Capitole Ma 335. J’ai eu l’occasion en 2008 d’assister, à titre professionnel, à une réunion de la commission des acquisitions, qui se tient dans les réserves — imaginez une adolescente visitant l’appartement de Justin Bieber. J’ai serré la louche de Jean-Luc Martinez, qui venait de prendre la tête du DAGER, mais je n’ai pas osé lui demander de signer le catalogue de l’exposition Praxitèle, que j’avais pourtant apporté spécialement (2,5 kg quand même). Plus récemment, les salles d’art grec ont rouvert récemment — on nous a rendu la galerie de la Melpomène. J’ai revu avec émotion la Vénus d’Arles et le Sauroctone Borghèse et j’ai pu enfin saluer l’Arès Borghèse, longtemps entr’aperçu au travers des barreaux de la cour du Sphinx.

Je règle depuis trois ans une cotisation de sociétaire aux Copains du Louvre. Ça ne représente pas un très gros effort de mécénat, mais si un jour je me décide à faire un testament, il comptera une ligne pour le DAGER. Le Louvre est non seulement mon musée préféré, mais l’un de mes endroits préférés, même si j’en dirais sans doute autant du British Museum si j’habitais Londres ou des musées du Vatican si j’habitais Rome. Ce n’aurait certainement jamais été le cas si je n’avais pas découvert Wikipédia et si le Louvre avait interdit les photos.

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6 commentaires leave one →
  1. 10 septembre 2010 17:26

    > imaginez une adolescente visitant l’appartement de Justin Bieber.
    j’adore la comparaison 🙂

  2. 10 septembre 2010 18:39

    Ce qu’il ne faut pas faire pour avoir des hits Google, quand même.

  3. 11 septembre 2010 11:15

    « Je flâne volontiers aux Objets d’art parce que tout le monde aime les objets d’art et aux Sculptures parce tout le monde aime les sculptures » : j’ai toujours eu le sentiment dans les musées que le public est davantage attiré par les tableaux.

    • 20 septembre 2010 10:02

      Je pense aussi, mais les Sculptures sont assez populaires. Pour les Objets d’art, j’admets l’auto-private joke : quand j’ai assisté à ma fameuse commission des acquisitions, plusieurs départements demandaient des crédits pour acheter des objets d’intérêt un peu archéologique, va-t-on dire. Les Objets d’art ont ensuite présenté une œuvre récemment entrée, le nécessaire à thé du régent Philippe d’Orléans, objet magnifique et très bien conservé. Tout le monde s’est extasié dessus et l’un des conservateurs (les Arts de l’Islam je crois) a dit : « évidemment, tout le monde aime les objets d’art ».

  4. 14 septembre 2010 14:12

    Le « département des tableaux » se nomme en réalité « département des Peintures ».
    Étonné d’apprendre que le département des Antiquités égyptiennes pompait des sous au DAGER.
    Dîtes-nous en plus ?

    • 20 septembre 2010 10:03

      Bonne remarque. À ce sujet, je note que personne ne relève l’absence des Arts graphiques dans ma liste… Pour le reste, tout crédit non attribué au DAGER est un crédit pompé au DAGER, évidemment.

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