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Signé Furax

27 septembre 2010

Comme l’a montré la récente « affaire Houellebecq », la réutilisation du contenu de Wikipédia est soumise à certaines règles. Il en va de même pour Wikimédia Commons. La conduite à tenir varie suivant la licence employée mais, en règle générale, elle implique au moins la mention du nom de l’auteur, ce qui par ailleurs :

  1. est la moindre des politesses pour un contenu libre et gratuit ;
  2. est une exigence légale en France – l’art. L121-1 du Code de la propriété intellectuelle dispose que « l’auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible. »

Sur Wikipédia comme sur Commons, les utilisateurs sont identifiés par un pseudonyme qui n’est que rarement leur véritable nom. Certains, dont je suis, mentionnent ce dernier dans la description de leurs photos et/ou dans les EXIF, mais c’est relativement marginal.

Admettons maintenant que vous souhaitiez réutiliser une photo Commons d’un sceau-cylindre pour votre article sur les représentations d’Assur sur les sceaux-cylindres assyriens au VIIIe siècle av. J.-C. (dédicace au Projet:Proche-Orient ancien de Wikipédia). La photo, placée sous licence CC-BY (réutilisation sous simple condition d’attribution) a été prise par l’utilisateur « KikiOuistiti » (pseudo fictif, ne cherchez pas).

Sautez-vous de joie à l’idée de mentionner « crédit : KikiOuistiti (licence Creative Commons Attribution) » dans votre article publié dans le très chic Journal of Near Eastern Studies ? Sans doute pas. Peut-être KikiOuistiti a-t-il de bonnes raisons de ne pas mentionner son véritable nom. Peut-être simplement n’a-t-il pas pensé à la manière dont il serait crédité dans la Vraie Vie – bon nombre de photographes Commons travaillent avant tout pour illustrer Wikipédia, où le problème ne se pose pas.

Le fait est que les photographies provenant de Commons sont souvent mal créditées, sur le Web comme sur papier. On ne compte plus les « source : Wikipédia », alors qu’il faut mentionner l’auteur. Je me demande dans quelle mesure une partie de ces mentions incorrectes n’est pas due à notre recours aux pseudonymes. En tout état de cause, amis contributeurs à Commons, facilitez la tâche de ceux qui réutiliseront vos contenus : mentionnez votre nom, ou du moins un pseudo sortable.

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15 commentaires leave one →
  1. 27 septembre 2010 12:06

    Je résouds le dilemme en mettant tout dans le domaine public – un pseudonyme internet ne cherche pas la gloire (sauf à s’appeler Émile Ajar).

    J’avoue que je n’ai jamais compris l’intérêt pour WP d’utiliser les licences CC (si ce n’est l’héritage historique de la GFDL).

  2. 27 septembre 2010 12:58

    Il n’est pas possible de renoncer à son droit moral en France, ce qui rend en pratique impossible le placement d’une œuvre dans le domaine public par son auteur.

    Un éditeur qui veut respecter la loi est obligé de citer ton pseudo s’il veut réutiliser l’une de tes images, même si tu lui expliques par écrit, et signé avec ton sang, que tu t’assois sur ton droit de paternité.

    • 27 septembre 2010 14:06

      Oui mais quid d’un auteur situé en Suisse (ou ailleurs) et qui dépose son travail sur un serveur américain?

      • 27 septembre 2010 14:12

        peu importe la position du serveur, que dit le code Suisse sur le droit d’auteur ?

      • Bibi permalink
        27 septembre 2010 15:11

        Voilà le grand billet qui manque sur ce blog : « Le serveur est aux Etats-Unis »…

      • 27 septembre 2010 17:19

        J’ai oublié de préciser : un éditeur français. Pour le reste, je n’en sais rien…

  3. Bibi permalink
    27 septembre 2010 13:33

    En lisant la conclusion une grave question m’assaille : est-ce que Bibi Saint-Pol est un pseudo sortable ?

  4. Marsyas permalink
    28 septembre 2010 11:21

    Tu oublies un autre phénomène : les gens qui souhaitent réutiliser des photos de Commons n’ont visiblement pas confiance dans la licence ou dans Wikipédia et contactent le photographe soit pour lui demander confirmation personnelle du droit d’usage voire pour le rétribuer, soit même pour lui demander une autre version (plus grande) de la photo — cela m’est arrivé plusieurs fois. Et dans ce cas évidemment, ils demandent qui et comment créditer pour la photo. Mon vrai nom est souvent dans les EXIF mais pas toujours.

  5. 28 septembre 2010 18:15

    J’ai exactement la même expérience, et certainement Bibi aussi. J’ai même reçu un mail me demandant, en gros : « Dois-je vous demander la permission pour réutiliser votre image, sachant que vous indiquez que ce n’est pas nécessaire ? »

    J’ai l’intention d’écrire une petite série de billets sur la réutilisation de mes photos, principalement celles d’objets de musée. Ce n’est pas tout de plaider pour la photo en musée, il faut aussi montrer à quoi ça sert.

    • Bibi permalink
      29 septembre 2010 11:54

      Je confirme le même genre d’expérience.

      Personnellement j’attribue le problème d’abord à l’interface catastrophique de Commons : pour comprendre qui est l’auteur d’un fichier et quelles sont les conditions d’utilisation, il faut un haut degré d’expertise (« source », « file history », « permission » et bandeau de licence verbeux qui se balladent en vrac dans la page de l’image quand ils y sont…).

      A l’inverse, sur Flickr par exemple, ces informations sont immédiatement rendues claires et lisibles : les mêmes informations sont toujours présentes au même endroit sous une même forme dans une même page.

      Je ne crois pas exagérer en disant que Commons représente la pire interface logicielle que je connaisse hors projets informatiques de 1re année…

  6. Le concombre masqué permalink
    2 octobre 2010 11:35

    « Il n’est pas possible de renoncer à son droit moral en France »

    Ouais, c’est une phrase de juriste ça. Parce que si j’abandonne un manuscrit anonyme où je n’ai pas laissé d’empreintes digitales dans le hall d’entrée des éditions Gallimard, je n’ai aucun moyen de le faire valoir mon droit moral si je ne suis pas content de la taille des alinéas, quand j’aurai eu mon Goncourt.

    Et de la même façon, mes contributions sous pseudonyme sur Wikipédia, je me demande bien comment je pourrais prouver que j’en suis l’auteur – je peux certes me connecter devant huissier, mais ça ne prouve pas complètement que je suis l’auteur, seulement que je connais le mot de passe.

    Donc si je souhaite complètement abandonner mes droits (c’est mon cas), je ne peux peut-être pas le faire « juridiquement » mais ça m’est factuellement possible.

    • 2 octobre 2010 15:18

      Tes exemples ne me paraissent pas fondamentalement différents de ce que dit Popo. Le CPI (article L113-6) protège aussi les auteurs des œuvres pseudonymes et anonymes, qui sont représentés dans l’exercice de leurs droits par l’éditeur ou le publicateur originaire.

      Le droit à la paternité implique qu’on attribue tes contributions sur Wikipédia au Concombre masqué et non à une Courge démasquée et que ton œuvre anonyme ne soit pas publiée sous le nom d’une autre personne. On peut d’ailleurs te donner un nom conventionnel du style « l’anonyme du hall d’entrée des éditions Gallimard ». Le doit au respect des œuvres peut tout autant s’exercer, même si effectivement tu auras du mal à le faire toi-même. On peut par exemple imaginer que la Société des gens de lettres le défende, comme elle l’a fait au nom de l’intérêt de la profession dans l’affaire de la suite des Misérables.

      À vrai dire, il y a un cas connu où tu peux renoncer de fait à ton droit moral, celui de la négritude littéraire. Par ailleurs, et sauf calligramme, je ne crois pas que le droit au respect de l’œuvre porte sur la taille des alinéas.

  7. 4 octobre 2010 19:59

    Un éditeur préfèrera avoir une personne identifiée (ou du moins présentée sous un nom réel) lui confirmer qu’il peut utiliser une photo plutôt que de se fier à une mention sur une page éditée par on ne sait qui. On ne peut pas l’en blâmer, d’ailleurs une partie des licences sur Commons sont fantaisistes.

    J’ai eu également droit à des éditeurs (et un producteur de film) qui voulaient que je signe de longs contrats leur donnant des droits… le tout gratuitement. Ces gens sont d’une impudence rare, rien que le temps de lire leurs pages de termes juridiques en anglais vaudrait rétribution ! Inutile de dire que je leur ai proposé de me payer une juste rémunération (ce qui les a fait fuir).

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